Le cimetière de la Croix-Rousse

Guerre de territoires

La création de l’ancien cimetière de la Croix-Rousse a été l’objet d’une bataille acharnée entre les communes de la Croix-Rousse et de Caluire-et-Cuire. A l’époque où Cuire s’est séparée de la Croix-Rousse pour rejoindre Caluire, la rivalité était féroce entre les deux voisines. La lutte a duré plusieurs décennies…

L’urgence de créer un cimetière lyonnais se fait grandement sentir à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les défunts lyonnais sont enterrés dans les fosses communes situées aux alentours des églises. Il s’agit généralement d’un enclos orné d’une croix. Dans le centre ville, du côté de l’église Saint-Nizier, il s’agit de plus de 700 inhumations par an, au pied des rues et des boutiques. A partir de 1770, les lieux de sépulture débordent littéralement, se transformant en véritable foyer d’infection en plein cœur de la ville. En 1776, Louis XVI décide que les cimetières doivent être agrandis ou transférés hors des murs de la ville s’ils nuisent à la salubrité de l’air.cimetiere2
Il faudra attendre le début du XIXe siècle pour que la ville de Lyon acquiert un terrain sur la colline de Fourvière pour y construire le premier cimetière en 1807 : Le cimetière de Loyasse.
Deux autres cimetières seront créés tout de suite après : celui de la Guillotière en 1822 et celui de la Croix-Rousse en 1823.
S’agissant du cimetière de la Croix-Rousse, le choix de son emplacement a suscité un nouveau conflit avec la commune de Caluire.
Le conflit avait éclaté quelques années auparavant, en 1791, à propos d’un cimetière sur la place des Rameaux, située à l’intersection de la montée de cuire et de la rue de Cuire. A cette époque, Cuire appartenait encore à la commune de la Croix-Rousse. Comme il fallait trouver un cimetière de toute urgence, la Croix-Rousse a décidé d’en installer un à proximité de cette place. Mais lorsque Cuire a rejoint la commune de Caluire quelques années plus tard (voir La ficelle n°17), les Croix-Roussiens ont continué à enterrer leurs morts sur le territoire de Cuire, se déclarant propriétaires du lieu.
Pour la Croix-Rousse, l’acquisition du terrain, bien que situé sur territoire de Cuire, s’est faite de façon complètement légale. Caluire, quant à elle, accuse sa rivale « d’usurpation commise en s’emparant d’un terrain inculte de propriétaire inconnu et en détenant un terrain hors de son domaine communal ».*
Les Croix-Roussiens considèrent la demande des Caluirards superflue puisqu’ils jouissent déjà de deux cimetières.
Au début du XIXe siècle, les paroissiens de Cuire devaient inhumer leurs défunts dans le cimetière de Caluire, très éloigné de l’église. Le Préfet impose alors aux deux parties de partager le cimetière : deux tiers pour la Croix-Rousse et un tiers pour Caluire-et-Cuire. Mais la guerre de territoire n’a pas cessé pour autant et reprend de plus belle en 1821 avec le rapport d’un conseiller du maire de Caluire, qui dépeint l’état lamentable du cimetière : « L’impossibilité de continuer les inhumations est matériellement établie. (…) Le défaut de terre, d’une part, pour recouvrir d’une quantité suffisante les cadavres, de l’autre, l’ouverture des fosses à travers les mêmes cadavres en putréfaction occasionne dans les chaleurs une puanteur insupportable qui peut devenir extrêmement funeste à la commune de Cuire. Enfin, une église et déjà un certain nombre d’habitations sont construits aux abords de ce cimetière. »**
Une ordonnance du Préfet, datant du 8 août 1821, décide la fermeture de ce cimetière. Pourtant, rien ne changea. Les Croix-Roussiens continuaient à se servir des fosses du cimetière, déclarant n’avoir aucun terrain disponible sur son territoire pour un cimetière.
Pour mettre fin aux querelles, le Préfet propose que Caluire cède à la Croix-Rousse le terrain situé au Nord de la Belle Allemande. La frontière entre les deux communes est alors déplacée, au profit de la Croix-Rousse, jusqu’au Chemin du Bois de la Caille.
Le cimetière de la Croix-Rousse (l’ancien) est enfin créé en 1823. Celui que l’on nomme le Nouveau cimetière de la Croix-Rousse apparaît en 1835, de l’autre côté de la rue d’Ypres.
* D’après La colline de la Croix-Rousse, de Josette Barre
** D’après Histoire de Caluire et Cuire, de Martin et Jo Basse

 

masqueDeux masques de larves sauvées par un marbrier

Dans l’antiquité, on plaçait des masques de larves sur les murs d’enclos des ensembles funéraires. Ils représentaient les esprits des morts laissés sans sépulture et qui revenaient tourmenter les vivants. L’ancien cimetière de la Croix-Rousse était lui aussi orné de ces statues depuis sa création.
Mais il y a plusieurs décennies (l’époque est incertaine), ces deux têtes taillées dans la pierre ont été retirées de leurs socles. Les piliers sur lesquels elles étaient posées se dégradaient. La ville a alors décidé de les retirer pour réparer les piliers.
Installé rue Hermann Sabran depuis les années Cinquante, M. Chaboud, marbrier, n’a pas supporté de voir l’ouvrier s’acharner sur les larves. Il lui a donc proposé son aide, a enlevé les statues…et les a gardées.
Sauvées d’une mort certaine, les deux larves sont restées discrètes, dans un coin de la marbrerie. Tellement discrètes qu’elles n’ont été retrouvées que très récemment par le fils de M. Chaboud. Lequel a proposé de les céder à la Ville afin qu’elles soient replacées sur leurs pilastres. Une inauguration officielle a eu lieu en juin 2009.

 

Author: LaFicelle

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