LES JOUTES À LYON

Les joutes, une histoire de tournois nautiques qui remonte à l’antiquité.

 

 

Quelles soient joutes d’apparat ou joutes populaires, elles sont pratiquées depuis plusieurs siècles à Lyon.  Probablement répandues à l’époque gallo-romaine, on les mentionne cependant pour la première fois au XIIe siècle lors de la commémoration du millénaire des martyrs chrétiens. Les écrits se multiplient à partir du XVIe siècle faisant état de nombreux tournois nautiques sur la Saône en l’honneur des souverains en visite à Lyon.

« Les pêcheurs de St Vincent (Lyon) tirèrent l’oye et joustèrent, sur la Saône a St-Jean pour distraire la reine Anne de Bretagne et ses gens »*.

L’histoire mentionne des joutes à Lyon en 1548, lors de l’Entrée Royale de Catherine de Médicis et Henri II, puis les évoque comme pratique festive des bateliers des ports de St Georges et St Vincent au XVIIe. Des témoignages les citent au XIXe siècle, particulièrement à l’occasion des fêtes votives « les vogues », et c’est à cette époque qu’elles vont prendre une dimension sportive. De nombreuses sociétés de joutes voient le jour le long de la Saône,

« à Vaise dans la gare d’eau ou sur la rive gauche au Port de Serin, à St-Georges et la Quarantaine au Port du Sablet »* 

.  Toutes se rassemblent sous le nom d’Union fédérale des Sociétés françaises de natation et de sauvetage. Cette dernière organise en juin 1901 le premier championnat de France sur le lac du parc de la tête d’or à Lyon. Mais pourtant, les joutes nautiques ne seront reconnues officiellement comme sport qu’en juin1960.

 

LA COMPAGNIE DES JOUTEURS LYONNAIS AU XIXe SIECLE

Les joutes nautiques sont pratiquées par des membres de travailleurs du fleuve. Au-delà de leur objectif de défense de leurs intérêts, les bateliers, groupés en corporation, se déclarent Société de sauvetage des riverains et Société sportive de joutes.

En 1807, au sein de la Société des jouteurs, des bateliers officialisent leur existence sous le nom de Société des Trente-Trois. Elle compte un effectif de trente-trois membres, dont beaucoup de Modères (haleurs de la traversée de Lyon) et pratiquent les joutes lors des fêtes locales, perpétuant les gestes transmis de générations en générations.

Comme dans un tournoi de chevalerie, les deux adversaires se font face. A chaque extrémité du plan d’eau, se tient une barque spécialement conçue pour supporter douze rameurs, deux pilotes, un lieutenant et le jouteur. Celui-ci debout sur un plateau incliné situé à l’arrière de la barque, est équipé d’une lance en bois de plusieurs mètres et d’un plastron rigide. Les Trente-trois forment deux équipes de joutes, l’une rouge, l’autre bleue. Au signal, les rameurs saluent debout, les rames relevées à la verticale, puis font avancer la barque en direction de l’autre. A la vitesse requise, les rameurs se baissent laissant les deux jouteurs s’affronter. Par la gauche des embarcations (méthode lyonnaise), les jouteurs pointent leur lance en direction du plastron de l’adversaire pour le désarçonner. Le vainqueur a réussi à conserver son équilibre et faire tomber son adversaire. Puis les jouteurs prennent la place de deux rameurs qui s’arment de la lance et deviennent eux-mêmes jouteurs. Sont proclamés champions ceux qui ont pu faire tomber l’adversaire deux fois de suite. Les joutes sont accompagnées de divertissements divers nautiques ou pas. Les Trente-Trois se feront enterrer ensemble, au fur et à mesure des décès, au cimetière de Loyasse.

Aujourd’hui les joutes nautiques sont toujours pratiquées à Lyon. Des rencontres entre communes voisines ont lieu régulièrement, Givors, étant l’une des plus dynamiques, qui malgré le déclin des joutes lyonnaises pendant quelques décennies, a continué l’activité et remporté les championnats de France en 2010.

Les joutes, qu’elles soient languedociennes, givordines ou strasbourgeoises, se déroulent toutes suivant le même principe de tournoi nautique mais diffèrent dans les détails. Dans la méthode lyonnaise, les bateaux se croisent par la gauche.                                                                       Les barques à fond plat propulsée par des rameurs (ou à moteur) ne dépassent pas 7m et sont lestées pour éviter la repousse. Le jouteur de chaque barque est placé sur une plate-forme d’environ 1 mètres sur 2, recouverte de caoutchouc. Pour gagner la passe, il doit faire tomber l’adversaire en plantant le fer de sa lance au centre de son bouclier, les deux pieds devant rester en contact avec la plate-forme durant toute la poussée.

Sport de haut niveau il demande des mois de préparation pour obtenir souplesse, musculature et endurance nécessaires à la discipline. L’entraînement est long pour un effort de quelques minutes. La position du jouteur est proche du grand écart :  jambe gauche en avant légèrement pliée, ou tendue comme la jambe arrière, et pied droit calé. La lance, de plus de 4m, est tenue à deux mains, la droite la maintenant sur la cuisse droite tandis que la gauche la soutient tout en tenant le bouclier-cible.

Aujourd’hui, les joutes nautiques se pratiquent toujours dans la région lyonnaise, les clubs proposant initiation au sport et compétitions masculines et féminines. Des épreuves diverses, finales de la coupe de France, pardon des mariniers et démonstrations, se déroulent à différents endroits dont celui de la darse du quartier Confluence.

Sources
*André Vincent, directeur adjoint et référent scientifique de la Maison du fleuve Rhône..
René Descombes – Les joutes nautiques

 

 

Author: LaFicelle

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