LE MAB- maître d’atelier

Le Mab. Breton d’origine, un vrai personnage. Une barbe flamboyante, des coups de gueule et une érudition qui laissent une marque forte à ceux qui l’ont côtoyé. C’est un des derniers maîtres d’atelier qui vient de disparaître.

L’homme est peintre avant tout. Il voit en couleurs, s’habille en couleurs, parle couleurs.

Ses élèves l’écoutent avec respect et une certaine admiration. Il est le représentant du savoir-faire pictural, le maître à penser du chevalet. Ses paroles vont prendre un sens

« Montez dans la couleur !»

« Sortez-le, ce bleu de Prusse ! »,

« Poussez le jaune !».

Il encourage. Si le vocabulaire n’est pas toujours clair pour le jeune novice, il n’en est pas moins sollicitant pour la découverte de la Peinture. La touche épaisse, le geste libre, le travail est direct, sans repentir. Le sujet c’est la Peinture. Le maître y croit, les élèves aussi. L’odeur de la térébenthine, celle des pigments à l’huile, le savon de Marseille creusé par le nettoyage des brosses, l’épaisseur de la matière sur les palettes, les toiles accumulées, les natures mortes aux objets colorés, le modèle vivant dans les tissus chamarrés…..Univers d’atelier. On y rencontre les pommes de Cézanne, les visages grimaçants d’Ensor, les corridas de Picasso. Dufy, Marquet, Matisse et les autres, se côtoient. L’atelier de Le Mab est concentré sur la couleur poussée à son paroxysme et la matière triturée. Ici la découverte c’est le frottement rêche de la brosse sur la toile encollée, la lumière qui fait rutiler la palette, le nerveux de la touche….Dans l’atelier du maître, on ne doute pas. La porte s’est ouverte sur la peinture et ne se refermera plus.
Hubert Le Mab est né en 1924 dans le Morbihan. Après des études de droit, il entre aux Beaux-Arts de Paris où il devient l’ami de Bernard Buffet. Une vie d’artiste commence. Des expositions, des prix, des galères, des commandes, des doutes aussi. L’obtention d’une bourse artistique lui permet de partir pour l’Algérie. Les couleurs d’Alger, les senteurs de Tipasa inspirent le peintre. Dessins, aquarelles, huiles sont nombreux. Les expositions aussi : Alger, Oran, Paris. A 40 ans il est nommé professeur aux Beaux-Arts de Lyon et c’est là qu’il semble délaisser la pratique de la peinture. Quelles en sont les raisons ? Financières, affectives ou existentielles ? Le résultat est probant, Il ne montre plus, Il prodigue, il donne, il enseigne jusqu’à sa soixante-dixième année. Parmi ses élèves de nombreux talents se sont manifestés dont Tardi, Nicollet, Gasquet….
Nous l’avons souvent rencontré dans la Croix-Rousse. La barbe toujours rougeoyante, le corps de plus en plus voûté, soutenu par une canne, mais l’œil toujours vif et la pensée agile. Il aimait goûter la douceur du moment, assis sur un banc de l’esplanade du Gros Caillou.
Après sa disparition, nous avons eu la chance de découvrir l’ensemble de son travail. La surprise fait place à l’admiration. Après le maître d’atelier, il redevient l’artiste qu’il était. L’ensemble de dessins et toiles est important. Croquis et portraits montrent son talent de dessinateur. Le trait est juste. Le fusain, le crayon Conté ou la plume sont maniés avec sensibilité. Les toiles sont hautes en couleur. Les natures mortes, les nus, les paysages et portraits, font partie de la grande tradition classique de la peinture. Avec lui, disparaît une époque. Il reste son œuvre.

 

 

Author: LaFicelle

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