Mais qui est Robert Luc ?

Tout le monde l’a déjà vu passer dans les rues avec son groupe lors de ses bambanes, tous les férus d’histoires croix-roussiennes le connaissent, Robert Luc est un personnage incontournable de la transmission de la connaissance du patrimoine local.

Robert Luc est né en 1943 à la Croix-Rousse. Il a grandi rue Henri-Gorjus avec ses parents et sa sœur. Il habite aujourd’hui dans cette même rue.
Il était à l’école Jacquard « de la maternelle jusqu’au Certificat d’Etudes ». A l’époque l’école n’était pas mixte. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, séparés par l’école maternelle. Ses enfants aussi sont allés « à Jacquard ».
Il a fait toutes sortes de métiers.

« J’ai été employé de banque, manœuvre, aide comptable, photographe, employé aux galeries Lafayette de la Part-Dieu et correspondant de presse ».

Mais s’il a papillonné dans sa vie professionnelle, Robert Luc s’est en revanche toujours senti concerné par la vie politique et sociale. Notamment sur la défense de la condition sociale. Le premier événement politique qui l’a marqué était la guerre d’Algérie. « J’avais 19 ans et j’avais peur d’être appelé. J’étais pour l’indépendance de l’Algérie. Je n’avais pas encore le droit de vote, mais pourtant j’avais le droit de tuer… »
En mai 68, il avait 25 ans. Il était parmi les grévistes à Lyon. Il faisait partie du PSU (parti socialiste unifié).

« Lyon est la seule ville qui a eu un mort pendant les grèves de 68. Un commissaire a été écrasé par un camion sur le pont Lafayette ».
« On avait créé un journal quotidien, de deux feuilles pendant toute la durée des événements. Le Progrès ne sortait plus à ce moment là. » Le quotidien lyonnais avait été bloqué par les grévistes.
« A la Croix-Rousse, on affichait tous les jours un panneau de surveillance des prix du marché, sur la mairie. On notait les prix relevés le matin et on les affichait. » Une mesure qui permettait d’éviter que certains maraichers n’augmentent leurs prix dans la journée.
« Les gens discutaient beaucoup à cette période. Ils essayaient de trouver une conception de la vie différente, plus communautaire. N’avoir qu’une machine à laver pour plusieurs couples, par exemple. »

Lorsque nous lui demandons s’il ne regrette pas que la Croix-Rousse ne soit plus un quartier populaire et se soit nettement embourgeoisée au fil du temps, il répond qu’il a vécu 17 ans dans 35m2 à quatre, sans salle de bains, alors non, il n’est pas du tout nostalgique de cette époque là, même s’il concède que le quartier était effectivement un peu plus équilibré sociologiquement qu’aujourd’hui.
Impliqué dans le mouvement syndical depuis toujours, il s’est très naturellement intéressé à l’histoire des canuts. Les tisseurs ont ouvert la voie à de nombreuses avancées sociales et leurs révoltes ont eu un fort impact sur la pensée sociale européenne.

« Au début du XXIe siècle, j’ai fait une visite de la Croix-Rousse avec un guide. En arrivant rue de Nuits, il a dit qu’il y avait une faute d’orthographe. Nuit ne devait pas être employée au pluriel. Il a dit ensuite que la Vogue s’était installée sur le boulevard de la Croix-Rousse à la moitié du XIXe siècle ».

Ce guide ignorait la référence de la rue de Nuits à une bataille contre les Prussiens en 1870 à laquelle participaient deux légions lyonnaises. Il ignorait aussi que le boulevard n’existait pas encore au milieu du XIXe siècle…

« Je me suis dit que si lui pouvait être guide, alors pourquoi pas moi ». C’est ainsi que les bambanes de Robert Luc sont nées. Lorsque la Maison des canuts a été mise en liquidation judiciaire, la gestion du lieu a été confiée à Virginie et Philibert Varenne. « Leur politique m’intéressait et on a commencé à travailler ensemble ».
« J’ai beaucoup travaillé sur la vie des Croix-Roussiens et des Lyonnais des pentes au XIXe siècle. J’ai pu profiter de la numérisation des archives et lire l’Echo de la Fabrique chaque semaine. C’est une masse d’informations que je ne soupçonnais pas. Cela m’a conduit à créer Novembre des Canuts avec la Compagnie du Chien jaune en 2008. Aujourd’hui, l’événement est inclus dans Label Soie. »

Très soucieux d’éviter que l’histoire des canuts sombre dans l’oubli, il œuvre sans cesse pour la mettre en lumière. Lors des récents travaux sur la place des Tapis, il a été alerté par un membre d’un des conseils de quartiers de la Croix-Rousse que des fondations d’une maison avaient été trouvées sous la place.

mairie« Tout le monde pensaient que c’était l’ancienne gare de la Galoche. J’ai cherché dans les archives et j’ai vu que c’était peut être l’ancienne mairie de la Croix-Rousse (avant la destruction des remparts et la construction de la mairie actuelle, NDLR). Je suis allé trouver les archéologues rue Neyret qui me l’ont confirmé. C’est une petite maison de ville avec un balcon. Elle a été détruite après 1875. »

Robert Luc a alerté la mairie et est allé voir différents acteurs du patrimoine lyonnais. Tous sont d’accord pour faire une exposition sur cette mairie.

« Je voudrais un mobilier urbain, une signalisation ». Il regrette que la ville ne communique que sur la qualité des étoffes faites par les canuts mais pas sur l’aspect social de cette période. « Label Soie est la seule manifestation sur les canuts ».

La révolte des canuts serait elle un sujet tabou pour la ville ?
En tout cas, l’historien souhaite absolument que la découverte des vestiges de cette mairie soit l’occasion de communiquer sur les canuts et sur l’histoire de la Croix-Rousse avant son rattachement à Lyon. « Je me suis déjà fait avoir une fois lors des travaux du parking du Gros Caillou », plaisante-t-il.

« Je voulais qu’on garde 10 mètres de vestiges des anciens remparts. On nous a dit « oui, oui », mais on n’a jamais rien vu. Cette fois-ci je tiens à ce qu’il y ait un plan du cadastre, une gravure de cette bâtisse et un texte expliquant de quoi cette mairie a été témoin »

Nous espérons que bientôt, les bambanes de Robert Luc s’arrêtent place des Tapis pour évoquer l’histoire de la mairie des Canuts devant un panneau commémoratif…
La Croix-Rousse, les traboules et les canuts avec Robert Luc
www.i-canut.com/assos-27.html‎

Author: LaFicelle

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  1. C’est nous les Canuts… | L'écume d'un jour - […] empreinte, illustrées notamment par les révoltes de 1831 et de 1834. Depuis plusieurs années, Robert Luc, un authentique croix-roussien…

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